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Théorème des accroissements finis

Théorème 1.1 (Théorème des accroissements finis (TAF)). Soit continue sur et dérivable sur . Alors il existe tel que

L’équation de la sécante passant par et est
On définit la fonction de la différence entre et : est continue sur et dérivable sur , car l’est, et on a . Les hypothèses du Théorème de Rolle sont alors vérifiées, et on a donc un tel que . Mais et donc implique que

Remarques 1.2.
  • Le Théorème des accroissements finis est une généralisation du Théorème de Rolle.
  • Si décrivait la distance parcourue en fonction du temps, le TAF dirait qu’il y a un moment auquel la vitesse instantanée est égale à la vitesse moyenne entre le temps et le temps . Par exemple, si on réalise un trajet à une vitesse moyenne de km/h, alors il doit y avoir un moment du trajet où on roule à km/h !
  • Géométriquement, ce théorème dit qu’il y a au moins un point entre et tel que la tangente en est parallèle à la droite sécante entre et .
  • Ce résultat est essentiel pour déduire des conséquences géométriques de la dérivée, comme on va voir.

Exemples 1.3.
  • Soit et soit le graphe de . Déterminons tel que la tangente à en est parallèle à la sécante passant par et .
    Pour pouvoir appliquer le TAF sur , il nous faut vérifier les hypothèses
    • continue sur , et
    • dérivable sur .
    En effet, est continue sur , puisque est clairement continue en , et en on a , donc y est continue aussi. est clairement dérivable en , et en on ad’où est dérivable en aussi. Alors le TAF s’applique et implique que existe. On peut le trouver explicitement.La pente de la sécante passant par et est .La pente de la tangente en estPour que les deux droites soient parallèles, il nous faut , c’est-à-dire . On a donc .
  • Soit . La pente de la sécante passant par et est . Mais il n’y a pas de tel que , et donc pas de tangente parallèle à cette sécante. En effet, ne vérifie pas les hypothèses du TAF car n’est pas dérivable en .

On va maintenant parler de quelques conséquences du TAF. Comme on a mentionné, ce résultat nous aide à déduire des conséquences géométriques de la dérivée. Si on a des informations sur , on peut pendre la limite du rapport du Newton pour trouver et déduire des informations sur la variation de la fonction. Mais si on a des informations sur la dérivée, comment avoir de l’information sur ? On ne peut pas “défaire” la limite, mais on peut justement utiliser le TAF.

On sait que pour une fonction constante, la dérivée s’annule. Le TAF nous permet de montrer que l’implication inverse est vraie aussi.

Corollaire 1. Soit dérivable sur un intervalle ouvert , telle que pour tout . Alors pour tout , où est une constante.

Pour n’importe quels avec , il existe tel que par le TAF. Or , donc et alors . Comme ceci est vrai pour n’importe quels , prend donc la même valeur partout sur , donc pour une certaine constante .

Corollaire 2. Soient dérivables sur un intervalle ouvert , telles que pour tout . Alors il existe tel que pour tout .

Laissée en exercice.

Corollaire 3. Soit un intervalle ouvert, et une fonction dérivable sur .
  • sur est croissante sur .
  • sur est décroissante sur .

On montre la première équivalence, la deuxième est laissée en exercice.
Supposons d’abord que est croissante sur . Prenons et tel que . Alors on a , et donc , d’où Mais puisque est dérivable en , , et donc on a .
Supposons maintenant que pour tout . Soient tels que . Par le TAF appliqué à l’intervalle , il existe tel ue Puisque , on a donc que , d’où .

On remarque qu’on a aussi

  • sur est strictement croissante sur ,
  • sur est strictement décroissante sur .

Par contre, une fonction strictement croissante ou strictement décroissante peut avoir une dérivée nulle, par exemple en .

Corollaire 4. Soit une fonction continue en et dérivable sur un voisinage épointé de . Si existe, alors est dérivable en et .

La fonction est continue en et dérivable sur un voisinage épointé de . Donc pour tout tel que appartient à ce voisinage, on peut appliquer le TAF sur l’intervalle si , ou si : Lorsque , Par hypothèse, la limite existe. Elle est donc unique et ne dépend pas de la façon dont tend vers . On a alors Alors existe et

Attention: ce résultat ne dit pas que la dérivée est continue ! Il dit juste que la seule façon de ne pas être continue pour une fonction dérivée est une limite non existante.

Ce corollaire est utile si par exemple on a une fonction qui est clairement dérivable à gauche et à droite de , et on voudrait montrer qu’elle l’est aussi en . Au lieu de calculer et comparer les dérivées à gauche et à droite, grâce à ce corollaire, on peut simplement montrer que existe (en calculant cette limite à gauche et à droite, par exemple) et ainsi on aura que .

Exemple 1.4. Soit
On peut montrer que est dérivable en en calculant Mais grâce au corollaire ci-dessus, on peut simplement constater que est continue, on a et existe et vaut . On a donc que .

Le théorème suivant sera utilisé dans la preuve de la Règle de Bernoulli–de l’Hôpital.

Théorème 1.5 (TAF généralisé). Soient et continues sur et dérivables sur , tel que pour tout . Alors il existe tel que

Idée: On applique le TAF à la fonction .

On remarque qu’en prenant , on retrouve le TAF.

Polycopié rédigé par Sacha Friedli, Anastasia Khukhro, Ghid Maatouk. Sauf indication contraire, le contenu de ce document est soumis à une licence Creative Commons internationale, Attribution - Utilisation non commerciale - Partage dans les mêmes conditions 4.0 International (CC BY-NC-SA 4.0).

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