Botafogo4.1 Projections
Dans cette section et les suivantes, on considère certains types particuliers d’applications linéaires, projections, symétries, réflexions et rotations. Ces applications seront d’abord définies à l’aide d’une propriété algébrique, puis on les interprétera en visualisant leur effet sur les vecteurs, à l’aide d’un choix de repère.
Si f est une projection, associée à la matrice A∈Mn(R) en base canonique, alors f∘f est associée à la matrice AA=A2, et donc A satisfait A2=A.
Si f est une projection, cette dernière proposition permet d’écrire, pour tout v∈Rn,
v=∈Im(f)f(v)+(∈Ker(f)v−f(v))Choisissons un repère, et représentons cette relation géométriquement à l’aide d’un parallélogramme:

Cette image permet de faire une remarque simple concernant la géométrie de l’application v↦f(v): sous l’effet de f, v est envoyé sur son image f(v) selon une direction qui est parallèle à son noyau.
Voyons cette particularité des projections dans les cas qui nous intéressent (dimensions 2 ou 3). Considérons donc une projection f:Rn→Rn, de rang rg(f)=r, et discutons de l’interprétation géométrique de l’application v↦f(v), en fonction de n et r.
- Dans R2:
- Si r=0: f est identiquement nulle, Im(f)={0R2}, Ker(f)=R2, donc rien à interpréter.
- Si r=1, Im(f) et Ker(f) sont des droites vectorielles. Sous l’action de f, un vecteur v est projeté sur la droite Im(f), parallèlement à la droite Ker(f).

- Si r=2: Im(f)=R2 et Ker(f)={0R2}. Puisque v−f(v)∈Ker(f), on a donc v−f(v)=0R2, c’est-à-dire f(v)=v pour tout v∈R2. Ceci implique que f n’est rien d’autre que l’application identité, f=idR2, et sa matrice en base canonique est A=I2.
- Dans R3:
- Si r=0: f est identiquement nulle, Im(f)={0R3}, Ker(f)=R3, donc rien à interpréter.
Si r=1, Im(f) est une droite vectorielle, et Ker(f) est un plan vectoriel. Sous l’action de f, un vecteur v est projecté sur la droite Im(f), parallèlement au plan Ker(f).

Si r=2, Im(f) est un plan vectoriel, et Ker(f) est une droite vectorielle. Sous l’action de f, un vecteur v est projecté sur le plan Im(f), parallèlement à la droite Ker(f).

- Si r=3: Im(f)=R3 et Ker(f)={0R3}. Puisque v−f(v)∈Ker(f), on a donc v−f(v)=0R3, c’est-à-dire f(v)=v pour tout v∈R3. Ceci implique que f n’est rien d’autre que application identité, f=idR3, et sa matrice en base canonique est A=I3.
Lorsqu’on étudie une projection, on cherchera donc ses éléments caractéristiques, à savoir les objets géométriques qui lui sont associés: d’abord l’ensemble sur lequel elle projette (Im(f)), puis la direction parallèlement à laquelle se fait la projection (Ker(f)).
Avant de passer aux exemples, une remarque importante. Si f:Rn→Rn est une projection, définissons g:Rn→Rn comme suit:
g(v):=v−f(v)∀v∈Rn.Plus simplement: g=idRn−f. Remarquons que pour tout v∈Rn,
(g∘g)(v)=g(g(v))=g(v−f(v))=(v−f(v))−=0Rnf(v−f(v))=v−f(v)=g(v).On conclut que g∘g=g, à savoir que g est aussi une projection. Donc on peut lui appliquer la proposition du dessus: v−g(v)∈Ker(g) pour tout v∈Rn, et
v=∈Im(g)g(v)+(∈Ker(g)v−g(v)),l’interprétation géométrique étant: sous l’action de g, un vecteur v est projeté sur Im(g), parallèlement à Ker(g). Mais v−g(v)=f(v), ce qui mène à la conclusion suivante:
Im(g)Ker(g)=Ker(f)=Im(f),c’est-à-dire
Im(idRn−f)Ker(idRn−f)=Ker(f)=Im(f),On utilisera ces relations souvent dans la suite, notamment pour calculer les éléments caractéristiques d’une projection.
- Im(f)=Vect{(2,1)},
- Ker(f)={(x,y):3x+y=0}=Vect{(1,−3)}.
- Im(f)=Vect{(0,1,−1),(1,0,1)}={x−y−z=0},
- Ker(f)={(x,y,z):x−z=0,y+z=0}=Vect{(1,−1,1)}.
Si on visualise dans un choix de repère:
On verra d’autres exemples après avoir exploré les résultats de la section suivante.
Faisons d’abord une remarque qui peut simplifier le calcul de l’ensemble image d’une projection:
Polycopié rédigé par Mathieu Huruguen, Sacha Friedli. Sauf indication contraire, le contenu de ce document est soumis à une licence Creative Commons internationale, Attribution - Utilisation non commerciale - Partage dans les mêmes conditions 4.0 International (CC BY-NC-SA 4.0).
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