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4.1 Projections

Dans cette section et les suivantes, on considère certains types particuliers d’applications linéaires, projections, symétries, réflexions et rotations. Ces applications seront d’abord définies à l’aide d’une propriété algébrique, puis on les interprétera en visualisant leur effet sur les vecteurs, à l’aide d’un choix de repère.

Définition 4.1.
Soit une application linéaire. Si on dit que est une projection.

Si est une projection, associée à la matrice en base canonique, alors est associée à la matrice , et donc satisfait .

Définition 4.2.
Une matrice telle que est appelée une matrice de projection.
Exemple 4.3.
est une matrice de projection, puisque
Proposition 10.
Si est une projection, alors pour tout ,
En effet, supposons que est une projection. Prenons un quelconque, et calculons . Par linéarité, (on a utilisé dans l’avant-dernière étape) ce qui implique bien que

Si est une projection, cette dernière proposition permet d’écrire, pour tout ,

Choisissons un repère, et représentons cette relation géométriquement à l’aide d’un parallélogramme:

Cette image permet de faire une remarque simple concernant la géométrie de l’application : sous l’effet de , est envoyé sur son image selon une direction qui est parallèle à son noyau.

Voyons cette particularité des projections dans les cas qui nous intéressent (dimensions ou ). Considérons donc une projection , de rang , et discutons de l’interprétation géométrique de l’application , en fonction de et .

  1. Dans :
    • Si : est identiquement nulle, , , donc rien à interpréter.
    • Si , et sont des droites vectorielles. Sous l’action de , un vecteur est projeté sur la droite , parallèlement à la droite .
    • Si : et . Puisque , on a donc , c’est-à-dire pour tout . Ceci implique que n’est rien d’autre que l’application identité, , et sa matrice en base canonique est .
  2. Dans :
    • Si : est identiquement nulle, , , donc rien à interpréter.
    • Si , est une droite vectorielle, et est un plan vectoriel. Sous l’action de , un vecteur est projecté sur la droite , parallèlement au plan .

    • Si , est un plan vectoriel, et est une droite vectorielle. Sous l’action de , un vecteur est projecté sur le plan , parallèlement à la droite .

    • Si : et . Puisque , on a donc , c’est-à-dire pour tout . Ceci implique que n’est rien d’autre que application identité, , et sa matrice en base canonique est .

Lorsqu’on étudie une projection, on cherchera donc ses éléments caractéristiques, à savoir les objets géométriques qui lui sont associés: d’abord l’ensemble sur lequel elle projette (), puis la direction parallèlement à laquelle se fait la projection ().

Avant de passer aux exemples, une remarque importante. Si est une projection, définissons comme suit:

Plus simplement: . Remarquons que pour tout ,

On conclut que , à savoir que est aussi une projection. Donc on peut lui appliquer la proposition du dessus: pour tout , et

l’interprétation géométrique étant: sous l’action de , un vecteur est projeté sur , parallèlement à . Mais , ce qui mène à la conclusion suivante:

c’est-à-dire

On utilisera ces relations souvent dans la suite, notamment pour calculer les éléments caractéristiques d’une projection.

Exemple 4.4.
Considérons l’application définie comme suit: Puisque la matrice associée à satisfait c’est une matrice de projection, et est donc une projection. Calculons les éléments caractéristiques de . Puisque on voit que
  • ,
  • .
Donc projette sur la droite , parallèlement à la droite . Si on visualise dans un choix de repère:
Remarquons qu’on aurait aussi pu trouver les éléments caractéristiques en passant par , qui a pour matrice On en déduit ce qui donne, par la remarque faite plus haut,
Exemple 4.5.
Considérons l’application définie comme suit: Puisque la matrice associée à satisfait c’est une matrice de projection, et est donc une projection. Calculons les éléments caractéristiques de . On remarque d’abord qu’en nommant les colonnes de , on a . Ainsi, puisque et ne sont pas proportionnelles, on sait que . On peut écrire On sait donc que
  • ,
  • .
Donc projette sur le plan , parallèlement à la droite .
Si on visualise dans un choix de repère:
Remarquons qu’on aurait aussi pu trouver les éléments caractéristiques en passant par , qui a pour comme matrice On voit que les trois colonnes sont proportionnelles, et donc On en déduit que et donc les éléments caractéristiques de sont L’avantage de cette deuxième façon de procéder est que la matrice de l’application est de rang , donc plus simple à étudier que celle de .

On verra d’autres exemples après avoir exploré les résultats de la section suivante.

Faisons d’abord une remarque qui peut simplifier le calcul de l’ensemble image d’une projection:

Lemme 3.
L’ensemble image d’une projection coïncide avec l’ensemble de ses points fixes:
Posons . Si , c’est qu’il existe tel que , ce qui implique . Mais puisque , ceci implique , donc . Inversément, si , c’est que , qui implique .
Exemple 4.6.
Dans l’exemple décrit plus haut de l’application définie par on peut chercher les points fixes en posant et en imposant , ce qui donne le système Donc , ce qui donne , comme nous avions trouvé.

Polycopié rédigé par Mathieu Huruguen, Sacha Friedli. Sauf indication contraire, le contenu de ce document est soumis à une licence Creative Commons internationale, Attribution - Utilisation non commerciale - Partage dans les mêmes conditions 4.0 International (CC BY-NC-SA 4.0).

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