Botafogo4.2 Applications de rang 1
Soit f:Rn→Rn une application linéaire, de matrice A∈Mn(R) en base canonique.
Définition 4.7.
La trace de f est la somme des éléments diagonaux de A. Plus précisément, si A a pour coefficients ai,j, 1⩽i,j⩽n, alors sa trace est Tr(f)=Tr(A):=j=1∑najj.
Exemple 4.8.
Si f:R2→R2 est définie par f(x,y)=(2x−y,−x+5y), alors Tr(f)=2+5=7.
Théorème 4.9.
Si f:Rn→Rn est une application linéaire de rang rg(f)=1, alors f∘f=λf, où λ=Tr(f).
Prenons le cas n=3: si A est de rang 1, c’est qu’elle possède une décomposition colonne-ligne à un terme: A=αβγ(μνδ). D’une part, en effectuant le produit explicitement, A=αμβμγμανβνγναδβδγδ, et donc Tr(A)=αμ+βν+γδ. D’autre part, en élevant au carré, A2=αβγ=αμ+βν+γδ=Tr(f)(μνδ)αβγ(μνδ)=Tr(f)αβγ(μνδ)=Tr(f)A Ceci montre bien que f∘f=Tr(f)f
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Corollaire 1.
Si f:Rn→Rn est une application linéaire de rang rg(f)=1, et de trace Tr(f)=1, alors f est une projection.
Ce corollaire permet donc de montrer qu’une application linéaire f est une projection, sans passer par la vérification de la condition “f∘f=f”.
Exemple 4.10.
Considérons l’application f:R2→R2 déjà rencontrée plus haut (x,y)=v↦f(v)=(76x+72y,73x+71y), c’est-à-dire associée à la matrice A=(6/73/72/71/7) en base canonique. Puisque les colonnes vérifient C1=3C2, on sait que rg(f)=1. Ensuite, on calcule la trace, Tr(f)=76+71=1, et on en déduit par le corollaire que f est une projection.
Exemple 4.11.
Considérons l’application f:R3→R3 déjà rencontrée dans la dernière section: (x,y,z)=v↦f(v)=(y+z,x−z,−x+y+2z). Sa matrice est A=01−11011−12. On voit que I3−A=1−11−11−1−11−1, qui a rang 1 (puisque ses trois colonnes sont 2 à 2 proportionnelles), et dont la trace vaut 1+1−1=1. Donc idR3−f est une projection, et f aussi.
Proposition 11.
Soit f:Rn→Rn une application linéaire. Si rg(f)=1, et si λ=Tr(f)=0, alors l’application linéaire λ1f:Rn→Rn est une projection sur Im(f), parallèlement à Ker(f).
Remarquons avant tout que λ1=0, et donc Im(λ1f)=Im(f), Ker(λ1f)=Ker(f). Puisque l’application est de rang 1 et que Tr(λ1f)=λ1Tr(f)=λ1λ=1, on conclut par le corollaire ci-dessus que λ1f est une projection avec les éléments caractéristiques mentionnés.
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Exemple 4.12.
Considérons l’application linéaire f:R2→R2 définie par (x,y)=v↦f(v)=(x+y,x+y), donc de matrice A=(1111)=(11)(11). On a donc rg(f)=rg(A)=1, Im(f)=Vect{(1,1)} et Ker(f)={x+y=0}=Vect{(1,−1)}. Et, puisque Tr(f)=1+1=2=0, la proposition ci-dessus implique que 21f, qui a pour matrice B=(1/21/21/21/2), est une projection sur la droite Im(f)=Vect{(1,1)} parallèlement à la droite Ker(f)=Vect{(1,−1)}.
Ceci permet de mieux comprendre l’application originale f: comme f=221f, f peut être vue comme la composition de deux applications: f(v)=h(p(v)), où p(v)=21f(v) est la projection étudiée ci-dessus, et h(v)=2v est l’homothétie de rapport 2.
Ceci permet de mieux comprendre l’application originale f: comme f=221f, f peut être vue comme la composition de deux applications: f(v)=h(p(v)), où p(v)=21f(v) est la projection étudiée ci-dessus, et h(v)=2v est l’homothétie de rapport 2.
La proposition du dessus donne en fait une méthode permettant de construire une projection avec des éléments caractéristiques déterminés.
Exemple 4.13.
Donnons l’expression explicite de l’application linéaire f:R2→R2 qui projette sur la droite d1 d’équation 2x=3y, parallèlement à la droite d2 d’équation 4x−5y=0.
Puisque f projette sur une droite, elle doit être de rang rg(f)=1. Ensuite, d1=Vect{(3,2)} doit être l’ensemble image de f, et d2 doit être le noyau de f. Ainsi, la matrice de f doit être de la forme A=c(32)(4−5)=c(128−15−10), où la constante c doit être choisie telle que tr(f)=tr(A)=1. Or tr(A)=c(12−10)=2c, donc la seule valeur possible est c=21, et donc A=(64−15/2−5), et l’expression de f est donc la suivante: f(x,y)=(6x−215y,4x−5y).
Puisque f projette sur une droite, elle doit être de rang rg(f)=1. Ensuite, d1=Vect{(3,2)} doit être l’ensemble image de f, et d2 doit être le noyau de f. Ainsi, la matrice de f doit être de la forme A=c(32)(4−5)=c(128−15−10), où la constante c doit être choisie telle que tr(f)=tr(A)=1. Or tr(A)=c(12−10)=2c, donc la seule valeur possible est c=21, et donc A=(64−15/2−5), et l’expression de f est donc la suivante: f(x,y)=(6x−215y,4x−5y).
Exemple 4.14.
Donnons l’expression explicite de l’application linéaire f:R3→R3 qui projette sur le plan d’équation x−y+5z=0, parallèlement à la droite vectorielle dirigée par (1,0,4).
La façon la plus simple de procéder est de passer par g=idR3−f, qui comme on le sait doit projeter sur la droite vectorielle dirigée (1,0,4), parallèlement au plan d’équation x−y+5z=0. Ceci implique que g doit être de rang 1, d’image Im(g)=Vect{(1,0,4)}, et de noyau Ker(g)={x−y+5z=0}. Si G est la matrice de g relativement à la base canonique, on doit donc avoir G=c104(1−15)=c104−10−45020, où c est une constante multiplicative à déterminer pour que g soit une projection. Or Tr(g)=Tr(G)=c(1⋅1+0⋅(−1)+4⋅5)=21c, on en déduit que c=211, et donc que G=211104−10−45020 Finalement, comme f=idR3−g, sa matrice est A=I3−G=211200−41214−501, ce qui donne l’expression explicite pour f: f(x,y,z)=(2120x+211y−215z,y,21−4x+214y+211z)
La façon la plus simple de procéder est de passer par g=idR3−f, qui comme on le sait doit projeter sur la droite vectorielle dirigée (1,0,4), parallèlement au plan d’équation x−y+5z=0. Ceci implique que g doit être de rang 1, d’image Im(g)=Vect{(1,0,4)}, et de noyau Ker(g)={x−y+5z=0}. Si G est la matrice de g relativement à la base canonique, on doit donc avoir G=c104(1−15)=c104−10−45020, où c est une constante multiplicative à déterminer pour que g soit une projection. Or Tr(g)=Tr(G)=c(1⋅1+0⋅(−1)+4⋅5)=21c, on en déduit que c=211, et donc que G=211104−10−45020 Finalement, comme f=idR3−g, sa matrice est A=I3−G=211200−41214−501, ce qui donne l’expression explicite pour f: f(x,y,z)=(2120x+211y−215z,y,21−4x+214y+211z)
Polycopié rédigé par Mathieu Huruguen, Sacha Friedli. Sauf indication contraire, le contenu de ce document est soumis à une licence Creative Commons internationale, Attribution - Utilisation non commerciale - Partage dans les mêmes conditions 4.0 International (CC BY-NC-SA 4.0).
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