Botafogo6.2 Interpolation par un polynôme
Dans cette section, nous allons chercher à interpoler une fonction f à l’aide d’un polynôme p de degré n. Plus précisément, nous allons déterminer un polynôme d’interpolation p∈Pn (Pn étant l’espace vectoriel des polynômes de degré inférieur ou égal à n) passant par (n+1) points Pi=(xi,pi), i=0,1,2,…,n, avec pi=p(xi)≡f(xi).

Dans le cas de deux points, le polynôme d’interpolation correspond à l’unique droite passant par les deux points. Dans le cas de trois points, le polynôme d’interpolation correspond à l’unique parabole passant par les trois points.
Ces deux résultats peuvent être généralisés : il existe un seul polynôme de degré inférieur ou égal à n passant par (n+1) points donnés.
Nous allons essayer de trouver ce polynôme d’interpolation en le construisant à partir d’une base de fonctions polynomiales.
Commençons par chercher le polynôme passant par n points d’ordonnées pj égales à zéro, et un point d’ordonnée pk non nulle. En posant la valeur de pk égale à 1, il est facile de se convaincre que le polynôme de degré n φk(x) suivant vérifie pi=φk(xi) dans le cas de ces (n+1) points particuliers :
φk(x)==(xk−x0)(xk−x1)…(xk−xk−1)(xk−xk+1)…(xk−xn)(x−x0)(x−x1)…(x−xk−1)(x−xk+1)…(x−xn)Πj=0,j=knxk−xjx−xj.On note que le numérateur de chacun des polynômes φk(x) est un produit de n termes (x−xj). Il s’agit donc d’un polynôme de degré n. Le dénominateur est quant à lui une constante. Ainsi, on a bien que
- φk(x) est un polynôme de degré n ;
- φk(xk)=1 et φk(xj)=0 pour j=k, 0≤j≤n.
On montre ci-dessous que les polynômes φ0, φ1, …, φn ainsi définis sont linéairement indépendants et forment une base de Pn appelée base de Lagrange associée aux abscisses (noeuds) x0, x1, …, xn. Ainsi, l’unique polynôme p cherché vérifiant pi=p(xi), ∀i, i=0,1,…,n, est donné, dans la forme de Lagrange, par
p(x)=p0φ0(x)+p1φ1(x)+⋯+pnφn(x)=i=0∑npiφi(x).Ce polynôme est le polynôme d’interpolation associé aux points Pi=(xi,pi), 0≤i≤n.
Commençons par montrer que les polynômes φi sont linéairement indépendants. Imaginons que α0, α1, …, αn sont (n+1) nombres réels tels que ∑i=0nαiφi(x)=0, ∀x∈R.
Alors, pour x=xk, on obtient
0=i=0∑nαiφi(xk)=αk⋅1=αk.
Par conséquent, tous les αk, où k=0,1,…,n sont identiquement nuls. La famille de polynômes {φ0, φ1, …, φn} est donc linéairement indépendante (ou libre).
Montrons maintenant que les polynômes φi forment une base de Pn. L’espace Pn est un espace vectoriel de dimension (n+1) et sa base canonique est 1, x, x2, …, xn. Comme les (n+1)φi sont des polynômes de degré n linéairement indépendants, ils forment bien une base de Pn : c’est la base de Lagrange associée aux noeuds x0, x1, …, xn.
Le polynôme
p(x)=i=0∑npiφi(x)vérifie alors bien
- p∈Pn ;
- p(xk)=∑i=0npiφi(xk)=pk⋅1=pk.
et φ1(x)=x1−x0x−x0=4−1x−1=3x−31.
Le polynôme cherché est alors
p(x)=p0φ0(x)+p1φ1(x)=4⋅(34−3x)+7⋅(3x−31)=316−34x+37x−37=x+3. Ce polynôme p(x) est effectivement le seul polynôme de degré 1 (droite) passant par les deux points P0 et P1.

Polycopié rédigé par Roger Sauser, CMS. Sauf indication contraire, le contenu de ce document est soumis à une licence Creative Commons internationale, Attribution - Utilisation non commerciale - Partage dans les mêmes conditions 4.0 International (CC BY-NC-SA 4.0).
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