Botafogo3.5 Méthode de point fixe
3.5.1 Transformation de l’équation non linéaire
Pour une fonction f:[a,b]→R, il est toujours possible de transformer l’équation non linéaire à résoudre,
f(x)=0,en une équation équivalente ayant les mêmes solutions :
x−Φ(x)=0,où Φ(x) est une fonction auxiliaire Φ:[a,b]→R choisie telle que
f(α)=0 ⇒ α=Φ(α).La recherche des zéros de f se ramène donc à la recherche des points fixes de Φ.
En fait, toute fonction auxiliaire Φ de la forme Φ(x)=x+F(f(x)), où F est une fonction continue telle que F(0)=0, est une fonction auxiliaire possible.
En guise d’exemple, nous allons transformer le problème de Kepler. Il est par exemple possible de choisir
Φ(E)=E−5f(E).
La racine de f et le point fixe de Φ sont bien identiques.
3.5.2 Méthode de point fixe
Graphiquement, la recherche des points fixes de Φ consiste à trouver la (ou les) intersection(s) entre la droite y(x)=x et la fonction y(x)=Φ(x).
Dans la méthode de point fixe, le processus itératif revient à poser, étant donné un “bon” x0,
xk+1=Φ(xk), ∀k≥0.Cette relation est une itération de point fixe appelée parfois itération de Picard, et Φ est connue sous le nom de fonction d’itération.
Premières étapes de la méthode pour la fonction d’itération Φ(x)=cos(x) :
x0=x1=x2=x3=x4=x5=⋮x20=⋮x40= 1.2 (choix du point de deˊpart de la meˊthode) cos(x0)=cos(1.2)≅0.3624 cos(x1)≅cos(0.3624)≅0.9351 cos(x2)≅cos(0.9351)≅0.5938 cos(x3)≅cos(0.5938)≅0.8288 cos(x4)≅cos(0.8288)≅0.6757 cos(x19)≅cos(0.7388)≅0.7393 cos(x39)≅cos(0.7391)≅0.7391Les toutes premières étapes sont représentées graphiquement ci-dessous :

Comme le montrent certains des quatre exemples ci-dessous, la convergence de la méthode de point fixe n’est pas assurée. Elle dépend du choix de Φ et de x0.
Application de la méthode de point fixe sur les fonctions f(x)=1−sin(x), g(x)=exp(−4x), h(x)=0.4exp(x)−0.25 et i(x)=1+(x1−x)21, dans l’intervalle ]0,1[ :

3.5.3 Existence d’un point fixe
Soit Φ∈C0([a,b]), si ∀x∈[a,b], Φ(x)∈[a,b],
Alors, Φ admet au moins un point fixe α∈[a,b].
3.5.4 Fonction contractante
Remarquons qu’en exploitant le théorème des accroissements finis (formule de Taylor au premier ordre), il vient, en supposant Φ∈C1(I),
∣Φ(x)−Φ(y)∣=∣Φ′(ξ)∣∣x−y∣,avec ξ entre x et y. Par conséquent, on en déduit que si ∣Φ′(x)∣<1, ∀x∈I, la fonction est K-contractante sur I.
3.5.5 Convergence des itérations de point fixe
Les résultats suivants précisent les conditions qui doivent être satisfaites pour que la méthode de point fixe converge.
Soit α un point fixe d’une fonction Φ∈C1(J), où J est un voisinage de α. Si ∣Φ′(α)∣<1, alors il existe δ>0 pour lequel la suite {xk} converge vers α, pour tout x0 tel que ∣x0−α∣<δ.
Soient x0 et la suite xk+1=Φ(xk), ∀k≥0.
Si
i) ∀x∈[a,b], Φ(x)∈[a,b],
ii) Φ∈C1([a,b]),
iii) ∃K<1 tel que ∣Φ′(x)∣<K ∀x∈[a,b],
Alors Φ a un unique point fixe α dans [a,b] et la suite {xk} converge vers α pour tout choix de x0∈[a,b].
De plus, on a
k→∞limxk−αxk+1−α=Φ′(α).
C’est un résultat de convergence globale : la suite converge vers α avec un ordre 1 pour tout x0∈[a,b].
Comme la fonction d’itération est continue et vérifie l’hypothèse i), cette dernière admet au moins un point fixe dans [a,b] (voir la sous-section précédente).
Pour montrer l’unicité du point fixe, on va supposer qu’il existe deux valeurs α1 et α2 dans [a,b] qui vérifient Φ(α1)=α1 et Φ(α2)=α2. La formule de Taylor à l’ordre 0 (c’est-à-dire le théorème des accroissements finis) et l’hypothèse de contraction iii) permettent alors d’écrire
∣α2−α1∣=∣Φ(α2)−Φ(α1)∣=∣Φ′(ξ)(α2−α1)∣≤K∣α2−α1∣<∣α2−α1∣,
où ξ∈]α1,α2[. On conclut que α1=α2.
L’étude de la convergence de la suite {xk} peut également se faire à partir de la formule de Taylor. En effet, ∀k≥0, on peut écrire
xk+1−α=Φ(xk)−Φ(α)=Φ′(ξk)(xk−α),
avec ξk compris entre xk et α. Il vient ainsi,
∣xk+1−α∣=∣Φ′(ξk)∣∣xk−α∣≤K∣xk−α∣≤Kk+1∣x0−α∣.
Or, limk→∞Kk+1∣x0−α∣=0 et on conclut que xk converge vers α.
En reprenant l’égalité xk+1−α=Φ′(ξk)(xk−α) à la lumière de cette convergence, on termine la preuve :
k→∞limxk−αxk+1−α=k→∞limΦ′(ξk)=Φ′(α).
3.5.6 Convergence de la méthode de Newton
La méthode de Newton,
xk+1=xk−f′(xk)f(xk)≡ΦN(xk),est une méthode de point fixe ayant pour fonction d’itération la fonction
ΦN(x)=x−f′(x)f(x).On note que la dérivée de cette fonction d’itération s’annule au point correspondant à la racine α de f : ΦN′(α)=0. En effet,
ΦN′(x)=1−(f(x)f′(x)−1)′=1−f′(x)f′(x)+(f′(x))2f(x)f′′(x)=(f′(x))2f(x)f′′(x),et on a donc ΦN′(α)=0 car f(α)=0 et f′(α)=0. Ainsi, ∣ΦN′(α)∣<1, et la méthode converge.
De plus, en utilisant la formule de Taylor à l’ordre 1 au voisinage de α, il vient
xk+1−α== ΦN(xk)−ΦN(α) [ΦN(α)+ΦN′(α)(xk−α)+2!ΦN′′(ξ)(xk−α)2] −ΦN(α).Comme ΦN′(α)=0, on obtient finalement
xk+1−α=ΦN(xk)−ΦN(α)=2!ΦN′′(ξ)(xk−α)2.Ainsi,
∣xk+1−α∣≤C∣xk−α∣2,où
C=voisinage de αmax2ΦN′′(x).La convergence de la méthode de Newton est donc bien quadratique (p=2).
Polycopié rédigé par Roger Sauser, CMS. Sauf indication contraire, le contenu de ce document est soumis à une licence Creative Commons internationale, Attribution - Utilisation non commerciale - Partage dans les mêmes conditions 4.0 International (CC BY-NC-SA 4.0).
© 2026 Projet Botafogo. En savoir plus.