Commençons par un exemple simple de suite définie par récurrence, xn+1=g(xn), avec la fonction affine g(x)=1+2x. Ce cas a l’avantage de pouvoir être étudié par plusieurs méthodes; on apprendra donc quelques “trucs” qui seront utiles pour la suite. Nous étudions donc la suite (xn)n⩾0, avec une condition initiale x0, et xn+1=1+21xn. Voyons trois méthodes très différentes, qui mènent toutes à la même conclusion sur le comportement de cette suite dans la limite n→∞.
4.2.1 Méthode 1: Observer, puis travailler
On regarde si les premiers termes suggèrent un certain comportement, puis on essaie de montrer rigoureusement que la suite suit effectivement ce comportement pour tout n. Par exemple, commençons avec x0=5, et regardons quelques termes: x0=5,x1=3.5,x2=2.75,x3=2.375,x4=2.1875,… Ces premiers termes semblent indiquer que la suite décroît.
Pour commencer, essayons donc de montrer que cette suite est monotone. Pour ce faire, considérons la différence xn+1−xn, en écrivant explicitement deux termes consécutifs, chacun en fonction du précédent: xn+1xn=1+21xn=1+21xn−1 En soustrayant, on obtient xn+1−xn=21(xn−xn−1), et comme cette dernière vaut pour tout n, on peut l’itérer: xn+1−xn=21(xn−xn−1)=221(xn−1−xn−2)⋮=2n1(x1−x0)=2n1((1+2x0)−x0)=2n1(1−2x0) Cette suite d’égalités montre en particulier que pour tout n, le signe de xn+1−xn est le même que celui de 1−2x0: xn+1−xn=2n1(1−2x0)⎩⎨⎧<0=0>0 si x0>2 si x0=2 si x0<2.
On peut donc conclure sur la monotonie de notre suite:
(xn) est strictement décroissante si x0>2,
(xn) est constante égale à 2 si x0=2,
(xn) est strictement croissante si x0<2,
Dans le cas où x0=2, la suite reste constante xn=2, et donc n→∞limxn=2. Dans le cas où x0=2, la suite n’est pas constante mais elle est strictement monotone, donc on peut espérer montrer qu’elle converge en la majorant (dans le cas où elle croît) ou en la minorant (dans le cas où elle décroît).
Si x0<2, on montre par récurrence que (xn) reste majorée par M=2. En effet, l’affirmation est vraie pour n=0, et si on suppose que xn<2, alorsxn+1=1+<12xn<1+1=2.
Si x0>2, on montre par récurrence que (xn) reste minorée par m=2. En effet, l’affirmation est vraie pour n=0, et si on suppose que xn>2, alorsxn+1=1+>12xn>1+1=2.
On sait donc, dans les deux cas (x0<2 et x0>2), que la suite est convergente, puisque monotone et bornée. Donc on a garanti l’existence de la limite L=n→∞limxn. Reste à savoir ce que vaut L... Or si on reprend encore une fois la relation qui définit toute la suite, xn+1=1+21xn, maintenant que l’on sait que xn→L, on peut prendre la limite n→∞ des deux côtés: →Lxn+1=1+21→Lxn. Ainsi, L doit être solution de l’équation L=1+21L. En résolvant, on obtient L=2. On a donc montré que n→∞limxn=2∀x0∈R.
Remarque 4.1.
Il est utile d’apprécier ce que nous venons de faire en prenant une calculatrice et en observant qu’effectivement, en commençant par n’importe quel x0∈R, et en calculant x1=1+2x0, x2=1+2x1, etc., on observe la monotonie de la suite (en fonction du choix de x0), et sa convergence vers 2.
4.2.2 Méthode 2: Chercher la dépendance en n
On essaie d’exprimer chaque xn explicitement en fonction de n. Pour cela, il est bien d’écrire les quelques premiers termes, pour essayer de voir apparaître une certaine structure x1x2x3=1+21x0=1+21x1=1+21(1+21x0)=1+21+(21)2x0=1+21x2=1+21(1+21x1)=1+21+(21)2+(21)3x0. On peut donc conjecturer que pour tout n, xn=1+21+(21)2+⋯+(21)n−1+(21)nx0. On a vérifié que cette expression est vraie pour n=1,2,3. Maintenant, si elle est vraie pour n, alors xn+1=1+21xn=1+21(1+21+(21)2+⋯+(21)n−1+(21)nx0)=1+21+(21)2+⋯+(21)n+(21)n+1x0, et donc elle est vraie aussi pour n+1. Par récurrence, elle est vraie pour tout n.
Maintenant, on remarque dans l’expression générale de xn une somme géométrique de raison r=21: 1+21+(21)2+⋯+(21)n−1=1−211−(21)n=2(1−(21)n). On a donc réussi à exprimer xn explicitement en fonction de n: xn=2(1−(21)n)+(21)nx0, ce qui permet de calculer la limite n→∞. En effet, (21)n→0 et (21)nx0→0, quelle que soit la valeur de x0. Donc la limite ne dépend pas de la condition initiale, et vaut n→∞limxn=2∀x0∈R.
4.2.3 Méthode 3: Chercher une suite de Cauchy.
On essaie de montrer que la suite converge, en montrant que c’est une suite de Cauchy. D’après le calcul fait dans la Méthode 1, ∣xk+1−xk∣=2k1∣1−2x0∣∀k. On peut alors étudier, pour n>m, ∣xn−xm∣=(xn−xn−1)+(xn−1−xn−2)+⋯+(xm+1−xm)⩽k=m∑n−1∣xk+1−xk∣⩽∣1−2x0∣k=m∑n−12k1=∣1−2x0∣{1−211−()12n−1−211−()12m}=∣1−2x0∣{2m−11−2n−11}, qui tend vers zéro lorsque n,m→∞, quelle que soit la valeur de x0. Ceci montre que (xn)n⩾0 est une suite de Cauchy, et donc qu’elle converge: L=n→∞limxn.
On obtient la valeur de L comme on l’a fait avant, en prenant la limite n→∞ des deux côtés de la relation xn+1=1+2xn. On a donc montré que n→∞limxn=2∀x0∈R.