Analyse I / FLIPPED

EPFL Botafogo

12.9 Intégration: fonctions rationnelles

Dans cette section nous étudierons des primitives de la forme et sont des polynômes. Bien qu’il existe une théorie générale, comportant une composante algébrique qui n’a pas sa place dans ce cours, nous présenterons plutôt les idées principales, et verrons comment les implémenter sur les exemples les plus importants.
Informel 12.10.Comme on le verra, on pourra très souvent “casser” le quotient en une somme de plusieurs morceaux, dans le but de toujours se ramener à une des intégrales simples suivantes:

12.9.1 Structure générale

Considérons un quotient , où est de degré et est de degré : Ceci signifique que et .
Il est naturel de distinguer deux cas:

12.9.2 Le cas

Lorsque , on peut tout de suite faire la division polynomiale de par . On obtient alors quelque chose comme est un polynôme (donc facile à intégrer), et est aussi un polynôme,appelé le reste de la division, qui ne se laisse pas diviser par puisque son degré .
Exemple 12.27.
Considérons Ici, , donc on peut faire la division polynomiale de par , puis intégrer le résultat: (Dans la dernière ligne, on a utilisé .)
En général, la partie “difficile” est bien sûr dans l’intégration du deuxième terme , c’est pourquoi on passera plus de temps sur le cas où le degré du numérateur est plus petit que celui du dénominateur.

12.9.3 Le cas

Dans ce deuxième cas, plus difficile, nous devrons regarder de plus près le le polynôme .
Avant de passer à l’approche utilisée dans le cas général, considérons les cas très importants des valeurs petites de . Plus précisément, les cas , que l’on sait déjà traiter par les méthodes élémentaires vues précédemment.
: Le cas le plus simples est celui où , qui force . On est donc dans le cas où est une constante, , et est un polynôme de degré . Ceci ne pose aucun problème du point de vue de l’intégration: : Si , est un polynôme de degré : . Dans ce cas, le procédé d’intégration dépendra alors du signe du discriminant, ainsi que du polynôme , qui peut être soit une constante (si ), soit un polynôme de degré (si ).
Commençons par le cas où , en considérant des exemples:
Exemple 12.28.
(, ) (Dans la dernière ligne: .)
Exemple 12.29.
(, ) Lorsque et que contient un terme en , on pourra compléter le carré pour se ramener au cas traité dans l’exemple précédent: (Dans la dernière ligne: .)
Exemple 12.30.
(, ) Si , on peut simplement séparer le quotient en deux parties, que l’on intègre individuellement: (Dans la dernière ligne: .)
Exemple 12.31.
()
Tournons-nous maintenant vers le cas ; dans ce cas, la grande différence est bien sûr que possède deux racines, et peut se factoriser. C’est alors qu’on peut décomposer le quotient en une somme de quotients plus simples; on appelle cette procédure la décomposition en éléments simples.

12.9.4 Décomposition en éléments simples: exemples

Commençons par un exemple élémentaire, toujours dans le cas . Comme il contient les idées principales que nous utiliserons par la suite, nous le traiterons assez en longueur...
Exemple 12.32.
(, ) Considérons Comme les racines de sont et , sa factorisation permet d’écrire L’idée de la décomposition en éléments simples est d’essayer de trouver des constantes et telles que Attention: les constantes doivent être telles que cette dernière égalité soit vraie pour tout différent de et . Voyons comment rendre cette restriction plus explicite.
Si on met au même dénominateur du côté droit, et comme les dénominateurs sont les mêmes, il reste qui est équivalent à Mais encore, en définissant temporairement le polynôme on peut récrire notre condition comme Puisque est continu, cette condition est équivalente à représente l’équation d’une droite. Donc si cette droite est nulle partout, il faut bien que sa pente et son ordonnée à l’origine soient toutes les deux nulles. Ainsi, les constantes et doivent nécessairement satisfaire simultanément aux conditions , , que l’on peut écrire sous forme d’un système en et : Ce système possède une unique solution, donnée par . On a donc montré que qui est ce qu’on appelle une décomposition en éléments simples.
Du point de vue de l’intégration, le problème devient alors très simple:

12.9.5 Lorsque

Lorsque le degré de est supérieur à , on commencera par le factoriser autant que possible. Grâce au résultat suivant, démontré dans le chapitre sur les nombres complexes, cette factorisation contiendra toujours des morceaux de degré au plus.
Corollaire 12.1.
(Factorisation de polynômes à coefficients réels) Tout polynôme réel peut se factoriser en un produit de polynômes de degré ou , à coefficients réels eux aussi.
Une fois la factorisation de connue, on devra sélectionner un bon choix de décomposition en éléments simples, puis identifier les coefficients d’un polynôme qui doit s’annuler en tout . On aura souvent recours au théorème suivant:
Théorème 12.7.
Si un polynôme s’annule en tout , c’est que ses coefficients sont tous nuls:
Proof
Clairement, si s’annule partout il s’annule en particulier en , ce qui implique . Mais aussi, si s’annulle partout alors sa dérivée s’annulle partout. Puisque cette dérivée s’annulle partout, elle s’annule en particulier en , ce qui donne . Par récurrence, on démontre donc que tous les coefficients sont nuls:

Voyons des exemples.
Exemple 12.33.
Considérons La factorisation de est donnée par Ici, une bonne décomposition est En mettant au même dénominateur et en égalant les numérateurs, on arrive à Par le théorème, tous les coefficients doivent être nuls, ce qui donne le système On trouve donc , , , ce qui permet d’intégrer:
Exemple 12.34.
Considérons Factorisons le dénominateur: Puisqu’ici la factorisation de contient une puissance”, dans le terme , la bonne décomposition inclut des répétitions: On trouve , , , et donc
Remarque 12.7.
Si il y a quelque chose au numérateur, on le laisse (tant que son degré est inférieur à ce qu’il y a au dénominateur), et il participe juste au polynôme dont on égale tous les coefficients à zéro! Par exemple: Notons que les intégrales du type pour quelconque, requièrent l’utilisation de quelques astuces, que l’on ne décrira pas ici. Voir par exemple cette vidéo (Michael Penn).
Dans la pratique, on peut tomber sur une décomposition en éléments simple dans des situations qui n’ont apparemment rien à voir avec des quotients de polynômes, typiquement après un changement de variable:
Exemple 12.35.
Considérons l’intégrale indéfinie En posant , qui donne , on est amené à On peut alors factoriser (voir la section sur la factorisation des polynômes, dans le chapitre sur les nombres complexes), puis effectuer une décomposition en éléments simples. (Pour les détails, voir ici, ou alors une autre façon de faire ici).
Si on veut d’autres exemples de comment utiliser (ou comment de pas utiliser) des décomposition en éléments simples, cliquer ici (blackpenredpen).
Quiz 12.9.1.(MAN 2021) Parmi les décompositions en éléments simples ci-dessous, lesquelles sont correctes (c’est-à-dire que l’on peut trouver des constantes telles que la relation soit vraie pour tout )?
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