Il est naturel de représenter un nombre complexe z=(x,y)=x+iy à l’aide d’un point dans le plan cartésien, dont l’abscisse est x et l’ordonnée y. On remarque alors que le module ∣z∣ n’est autre que la distance qui sépare z de l’origine, et que z est obtenu en réfléchissant z à travers l’axe Ox:
Animation explicative
Les z purement réels se trouvent sur l’axe Ox, que l’on nomme alors l’axe réel, alors que les z purement imaginaires se trouvent sur l’axe Oy, que l’on nomme alors l’axe imaginaire. On parle alors du plan complexe.
2.3.2 Représentation polaire: module et argument
Mais il existe d’autres façons de repérer un point dans le plan. Par exemple, on peut associer à tout z∈C sa distance à l’origine, donnée par son module ∣z∣=r, et considérer l’angle orienté θ formé par z et l’axe réel:
Animation explicative
Si z=x+iy, on a x=Re(z)y=Im(z)=rcosθ=rsinθ. On peut donc écrire z sous forme polaire: z=r(cosθ+isinθ). On appelle θ l’argument de z, et on le note θ=Arg(z). Si z=x+iy, et x=0, son argument θ satisfait tanθ=xy. Bien-sûr, θ étant défini à un multiple entier de 2π près (puisque sinus et cosinus sont 2π-périodiques), il n’est pas unique. Lorsqu’on considère l’unique argument pour lequel θ∈]−π,π], on appelle θ l’argument principal de z (comme celui de l’animation ci-dessus).
Remarque 2.2.
Le seul complexe dont on ne définit pas l’argument est z=0.
Exemple 2.4.
Mettons z=2−23i sous forme polaire, et calculons son argument principal. D’abord, r=∣z∣=4+12=4, et donc z=4(21−23i) Comme 21=cos(−3π) et −23=sin(−3π), l’argument principal de z est θ=−3π. Sa forme polaire peut donc s’écrire z=4(cos(−3π)+isin(−3π))
La représentation polaire des nombres complexes représente des avantages très importants par rapport à la représentation cartésienne. La principale raison est que l’argument possède quelques propriétés remarquables, que nous listons dans une proposition. (Comme l’argument n’est pas défini de manière unique, il faudrait rajouter partout “modulo 2π”.)
Supposons que la formule a été démontrée pour n, c’est-à-dire supposons que Arg(zn)=nArg(z). On vérifie que la formule vaut aussi pour n+1, en calculant
D’abord, on apprend quelque chose sur l’interprétation géométrique de la multiplication complexe:
Corollaire 2.1.
Soit ω∈C un nombre complexe de module r et d’argument θ. Alors pour tout z∈C, le complexe ωz est obtenu en faisant tourner z autour de l’origine, d’un angle de θ=Arg(ω) (dans le sens anti-horaire), et en multipliant son module par r.
Proof
En effet, ωz a pour module ∣ωz∣=∣ω∣∣z∣=r∣z∣, et pour argument Arg(ωz)=Arg(ω)+Arg(z)=Arg(z)+θ.
□
En particulier, si ∣ω∣=1, la multiplication de z par ω revient à simplement faire tourner z d’un angle θ=Arg(ω) (sur cette animation, on a représenté le cercle de rayon 1 en traitillé):
Animation explicative
Si, plutôt que de multiplier z par un complexe ω, on le multiplie par lui-même, un nombre arbitraire de fois, on obtient la formule de Moivre:
Théorème 2.1.
(Formule de Moivre) Si z=r(cosθ+isinθ), alors pour tout entier n⩾2, zn=rn(cos(nθ)+isin(nθ)).
Proof
Par la propriété Arg(zn)=nArg(z), utilisée pour le complexe cosθ+isinθ: zn=(r(cosθ+isinθ))n=rn(cosθ+isinθ)n=rn(cos(nθ)+isin(nθ)).
□
Sur l’animation ci-dessous, on a représenté un complexe z, ainsi que ses puissances zn, pour n=1,2,3,4,5,6 (déplacer z!):
Animation explicative
Cette animation permet de voir la formule de Moivre à l’oeuvre, “à l’oeil nu”. En effet,
l’argument de zn est égal à l’argument de z multiplié par n, et
le module de zn est égale au module de z élevé à la puissance n. Par conséquent, si ∣z∣<1 (z est à l’intérieur du cercle de rayon 1, représenté en traitillé), alors les puissances zn sont plus proches de l’origine, et si ∣z∣>1 (z est à l’extérieur de ce cercle), alors les puissances zn sont plus éloignées de l’origine.)
Quiz 2.3.1.Parmi les identités suivantes, lesquelles sont correctes?
Quiz 2.3.2.Parmi les identités suivantes, lesquelles sont correctes?