Indépendamment du problème énoncé ci-dessus, on peut étudier les séries (infinies) de puissances sans qu’elles soient nécessairement liées à une suite de développements limités:
Définition 11.1.
Une série de la forme k⩾0∑ak(x−x0)k où (ak)k⩾0 est une suite donnée, x0∈R, est appelée série entière (ou série de puissances, en anglais: power series).
Une série entière est un type particulier de série, où x joue le rôle de paramètre; sa convergence/divergence dépend en général de x. Pour pouvoir utiliser cette série comme une fonction, on s’intéresse donc aux valeurs de x pour lesquelles elle converge: D:={x∈Rk=0∑∞ak(x−x0)k converge},
Remarque 11.1.
D contient toujours au moins le point x=x0!
On peut alors définir une fonction sur D, à l’aide de la somme de la série: ψ:Dx→R↦ψ(x):=k⩾0∑ak(x−x0)k.
La fonction ψ est, par nature (c’est une fonction définie par une série!), difficile à étudier. Considérons d’abord un cas simple bien connu:
Exemple 11.1.
Considérons la série entière associée à la suite constante ak=1, au point x0=0: ψ(x)=k⩾0∑xk=1+x+x2+x3+⋯ On reconnaît la série géométrique, qui comme on sait converge si et seulement si x∈D=]−1,1[. Ce qu’on peut dire, en plus, c’est que si x∈]−1,1[, alors non seulement la série définit bien une fonction, mais on sait en plus que ψ(x)=1−x1(!!!) Donc on peut formuler ce résultat comme suit: lorsque x∈]−1,1[, la série entière convergente ∑k⩾0xk est en fait juste une représentation de la fonction 1−x1.
11.2.1 Rayon et intervalle de convergence
L’ensemble des x pour lesquels une série entière converge a une structure assez simple:
Théorème 11.1.
Il existe un 0⩽R⩽+∞ tel que k⩾0∑ak(x−x0)k{converge si ∣x−x0∣<R,diverge si ∣x−x0∣>R. On appelle R le rayon de convergence de la série. De plus, dans le cas où on peut donner un sens à la limite σ:=n→∞limn∣an∣, alors R=⎩⎨⎧+∞σ10 si σ=0, si 0<σ<∞, si σ=∞.
Proof
Écrivons notre série entière sous la forme ∑k⩾0bk(x), où bk(x):=ak(x−x0)k. Commençons par supposer que la limite suivante existe: σ(x):=n→∞limn∣bn(x)∣, on sait, par le critère de Cauchy, que k⩾0∑bk(x){converge si diverge si σ(x)<1,σ(x)>1. Or si on regarde de plus près, σ(x)=∣x−x0∣n→∞limn∣an∣=∣x−x0∣σ, ce qui implique que k⩾0∑bk(x){converge si diverge si ∣x−x0∣<σ1,∣x−x0∣>σ1. Donc en définissant R par R:=σ1, on obtient bien le résultat.
□
Remarque 11.2.
On peut vérifier que la limite σ peut s’exprimer sous une autre forme, utile dans certaines situations:σ=n→∞limn∣an∣=n→∞limanan+1,
La conclusion du théorème ci-dessus reste vraie si σ est défini parσ:=n→∞limsupn∣an∣.
Le théorème ci-dessus garantit que l’ensemble D des x∈R pour lesquels une série entière converge est nécessairement un intervalle, appelé intervalle de convergence:
Si R=0, la série converge uniquement lorsque x=x0, et donc D={x0} (un intervalle ne contenant que le point x0).
Si 0<R<∞, alors D est un intervalle, d’un des 4 types suivants:]x0−R,x0+R[,[x0−R,x0+R[,]x0−R,x0+R],[x0−R,x0+R].
Si R=∞, elle converge pour tout x∈R et donc D=R.
Informel 11.1.Dans le cas où 0<R<∞, on déterminera le type d’intervalle en étudiant la convergence de la série entière ∑kak(x−x0)k au bord de l’intervalle, c’est-à-dire en x=x0±R.
Une fois que D est connu, la série entière permet donc de définir la fonctionψ:Dx→R↦ψ(x):=k⩾0∑ak(x−x0)k.
Considérons pour commencer des exemples de séries entières centrées en x0=0: k⩾0∑akxk Par le théorème ci-dessus, on sait que l’intervalle de convergence est forcément de la forme
D={0} (lorsque R=0),
D=R (lorsque R=∞).
D=]−R,R[, [−R,R[, ]−R,R] ou [−R,R] (lorsque 0<R<∞), et on déterminera précisément le cas en étudiant la série en x=±R.
Exemple 11.2.
Considérons k=0∑∞2k(−1)kxk. Dans ce cas, σ=n→∞limn∣2n(−1)n∣=21, et donc R=σ1=2: la série converge pour tout −2<x<2, et diverge si x>2 ou x<−2. Regardons maintenant ce qui se passe en x=±2.
En x=+2 la série est
1−1+1−1+1−⋯,
et donc elle diverge.
En x=−2 la série est
1+1+1+1+⋯,
donc elle diverge aussi.
On conclut donc que l’intervalle de convergence est D=]−2,2[.
Exemple 11.3.
Considérons k=0∑∞k2xk Ici, σ=n→∞limnn2=n→∞lime2nlog(n)=e0=1, donc R=1. Comme la série diverge lorsque x=±1, on a que D=]−1,1[.
Exemple 11.4.
Considérons k=0∑∞kkxk Ici, σ=n→∞limnnn=n→∞limn=∞, donc R=0. Donc la série converge si et seulement si x=0: D={0}
Exemple 11.5.
Considérons k=1∑∞k1xk Utilisons la version “d’Alembert”: σ=n→∞lim1/n1/(n+1)=1, donc R=1. Regardons x=±1:
En x=+1, la série est
1+21+31+41+⋯,
qui est la série harmonique, qui diverge.
En x=−1, la série est
−1+21−31+41−⋯,
qui est (à un signe près) la série harmonique alternée, qui converge.
On conclut que l’intervalle de convergence est D=[−1,1[.
Exemple 11.6.
Considérons k=0∑∞k!1xk On trouve σ=n→∞lim(n+1)!n!=0, et donc R=∞: la série converge pour tout x∈R, donc son intervalle de convergence est D=R. (Cette série peut en fait être utilisée pour définir la fonction exponentielle.)
Quiz 11.2.1.Vrai ou faux?
Quiz 11.2.2.Soit f la fonction définie par la série entière f(x)=n⩾0∑an(x−x0)n, et soit D son intervalle de convergence. Vrai ou faux?