Une série, en analyse, est une somme infinie. Dans ce chapitre, nous étudierons les séries numériques, qui ne sont rien d’autre que des sommes infinies dans lesquelles on somme tous les termes d’une suite donnée (an)n⩾n0, à partir du premier:
Animation explicative
an0+an1+an2+an3+… Le symbole utilisé pour représenter un telle somme est n=n0∑∞an, ou n⩾n0∑an, ou encore, puisque l’indice est muet, k=n0∑∞ak, ou k⩾n0∑ak, que l’on lit “la somme de tous les ak, pour k allant de n0 à l’infini”, et on dit que son terme général est ak.
Il s’agit donc de définir rigoureusement ce que signifie “sommer une infinité de nombres”. Pour simplifier un peu l’exposition, on supposera souvent que n0=0 ou 1. Nous fixons donc une suite (an)n⩾0, et commençons à sommer un à un ses éléments, en commençant par le premier. Ceci mène à définir les sommes successives obtenues:
Animation explicative
Définition 5.1.
Soit (an)n⩾0 une suite de réels. On définit la suite (sn)n⩾0 ainsi: s0s1s2⋮sn⋮:=a0:=a0+a1:=a0+a1+a2:=a0+a1+a2+⋯+an On appelle (sn)n⩾0la suite des sommes partielles associée à(an)n⩾0. sn est la n-ème somme partielle.
Quelle que soit la suite (an)n⩾0, la suite des sommes partielles associée (sn)n⩾0 est toujours bien définie. On donne alors un sens à la somme infinie des an en considérant la limite de la suite des sommes partielles:
Animation explicative
Définition 5.2.
Soit (sn)n⩾0 la suite des sommes partielles associée à (an)n⩾0. Si (sn)n⩾0 converge, c’est-à-dire si la limite s:=n→∞limsn existe et est finie, on dit que la sérien=0∑∞anconverge, et que sa somme vaut s. On écrit: n=0∑∞an=s. Dans les autres cas, on dit que la série diverge.
Lorsque n→∞limsn=±∞, on écrit n=0∑∞an=±∞.
Exemple 5.1.
(Suite constante) Soit (an)n⩾0 la suite définie par an=c pour tout n⩾0, où c∈R est une constante. La nème somme partielle est sn=a0+a1+⋯+an=n+1 foisc+c+⋯+c=c(n+1). Ainsi, n→∞limsn=n→∞limc(n+1)=⎩⎨⎧+∞0−∞ si c>0, si c=0, si c<0, ce qui implique que la série ∑n⩾0an converge si et seulement si c=0, et dans ce cas n⩾0∑an=0. Lorsque c=0, la série diverge et n⩾0∑an={+∞−∞ si c>0, si c<0.
Ce dernier exemple a montré, sans surprise, qu’une somme infinie de nombres strictement positifs, tous égaux, est infinie.
Exemple 5.2.
Soit (an)n⩾0 définie par an=n. La somme partielle sn est donc sn=0+1+2+3+4+⋯+n. On sait que cette somme vaut sn=2n(n+1), ce qui implique que sn→∞. Donc la série diverge: 1+2+3+4+⋯=n=1∑∞n=+∞,
Même si cela peut sembler contre-intuitif, il est possible de sommer une infinité de nombres non-nuls, et d’obtenir une somme totale finie; nous avions déjà rencontré ce phénomène dans l’étude de la série géométrique; celle-ci fournit notre premier exemple non-trivial de série convergente:
Exemple 5.3.
La série de terme général an=rn, où r∈R est fixé, n’est autre que la série géométrique de raison r: n=0∑∞an=1+r+r2+r3+⋯ Si r=1, la nème somme partielle est sn=n+1, qui diverge bien-sûr. Si r=1, on peut calculer sn=1+r+r2+r3+⋯+rn=1−r1−rn+1, et conclure: n=0∑∞rn={convergediverge si ∣r∣<1, sinon. De plus, dans le cas où ∣r∣<1, sn→1−r1, et donc n=0∑∞rn=1−r1. Par exemple,
Nous connaissons un autre cas de série convergente (de termes non-nuls), plus compliqué:
Exemple 5.4.
Nous avons vu que la série de terme général an=n21, k⩾1∑k21=1+221+321+⋯ converge. En effet, nous avions montré que les sommes partielles sn=1+221+321+⋯+n21 forment une suite croissante et majorée, donc convergente.
5.1.1 Divergence de la série harmonique
Au vu du premier exemple de la section précédente, on peut facilement construire des exemples de séries divergentes, comme par exemple
1+1+1+1+⋯=+∞
Considérons maintenant un exemple plus intéressant, et bien plus important, celui de la série harmonique.
Animation explicative
Théorème 5.1.
La série harmonique, de terme général an=n1, est divergente: n=1∑∞n1=1+21+31+41+51+⋯=+∞.
En d’autres termes, si l’on fait un pas de longueur 1, puis un pas de longueur 21, puis un pas de longueur 31, et ainsi de suite (toujours vers la droite), alors on part à l’infini.
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Proof
Remarquons que la suite des sommes partielles associée à la suite an=n1 est strictement croissante: sn+1>sn. Pour montrer que sn→∞, il suffit donc de trouver une sous-suite (snk)k telle que snk→∞. Considérons les indices qui sont des puissances de 2: Plus généralement, on peut montrer que pour tout entier k⩾1, s2k⩾2k. Comme 2k→∞ lorsque k→∞, on conclut que s2k→∞. Une autre preuve (très semblable) de la divergence de la série harmonique: A stylish proof that... (Michael Penn)
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Nous venons de montrer que la suite partielle associée à la série harmonique, sn=1+21+31+41+⋯+n1, tend vers l’infini: Cela signifie que quel que soit le seuil M>0 que l’on fixe, aussi grand soit-il, il existe toujours un indice N tel que sn⩾M pour tout n⩾N.
Animation explicative
Informel 5.1.La suite des sommes partielles de la série harmonique tend vers l’infini, mais très lentement... Par exemple, si dans l’animation ci-dessus on fixait M=50, il faudrait que n soit au moins ⋅1021 pour voir qu’effectivement sn⩾50... On pourra également lire les commentaires se trouvant ici.
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5.1.2 Sur l’importance de la définition de convergence pour une série
Exemple 5.5.
Considérons an=(−1)n, n⩾0. Les sommes partielles sont alors s0s1s2s3=(−1)0=1=(−1)0+(−1)1=1−1=0=(−1)0+(−1)1+(−1)2=1−1+1=1=(−1)0+(−1)1+(−1)2+(−1)3=1−1+1−1=0⋮ Ainsi, sn={01 si n est impair, si n est pair. Donc sn, ce qui signifie que la série n⩾0∑(−1)n=1−1+1−1+1−1+1⋯ est divergente.
Animation explicative
Informel 5.2.On serait peut-être tenté de calculer la somme infinie du dernier exemple, s=1−1+1−1+1−1+1⋯ à l’aide d’opérations algébriques injustifiées. Par exemple, on pourrait réorganiser les termes de la série par paquets de deux: s==0(1−1)+=0(1−1)+⋯=0. Mais une autre façon de réarranger donnerait s=1+=0(−1+1)+=0(−1+1)+⋯=1 Ou alors, en multipliant la somme par 2, 2s=s+s=1−1+1−1+1−1+1−⋯=1+1−1+1−1+1−1+⋯=1, et donc s=21... (Voir aussi ici pour une autre façon de formuler la même absurdité.)
Les manipulations formelles faites sur cet exemple (insérer des parenthèses, sommer terme à terme) sont interdites, parce qu’elles s’effectuent sur une série divergente. Ceci montre que l’on ne peut pas manipuler une série comme on manipule une somme contenant un nombre fini de termes, et souligne l’importance de la définition de convergence que nous avons adoptée pour une série (via les sommes partielles). Dans la section suivante on montrera, entre autres, que pour les séries convergentes, les manipulations usuelles sur les sommes finies sont autorisées.
Quiz 5.1.1.Soit ∑n⩾0an une série numérique, et (sn)n⩾0 la suite de ses sommes partielles. Vrai ou faux?
Quiz 5.1.2.Soit (an)n⩾0 une suite de réels, telle que an⩾0 pour tout n⩾0, et soit (sn)n⩾0 la suite de ses sommes partielles. Vrai ou faux?