Comme R, l’ensemble des nombres complexes, noté C, est un corps, c’est-à-dire un ensemble muni des opérations +,−,⋅,÷, satisfaisant aux propriétés usuelles.
Ce qui rend ce corps particulier est qu’il est formé de paires de réels, pour lesquelles la définition d’un produit “⋅” n’est pas forcément naturelle:
Animation explicative
Définition 2.1.
On note C l’ensemble des paires de réels, z=(x,y), muni des deux opérations suivantes. Si z=(x,y) et z′=(x′,y′),
leur addition est définiez+z′:=(x+x′,y+y′),
et leur multiplication parz⋅z′:=(xx′−yy′,xy′+x′y).
Exemple 2.1.
(1,2)⋅(−3,4)=(−11,−2).
Exemple 2.2.
(α,0)⋅(x,y)=(αx−0⋅y,αy+0⋅x)=(αx,αy).
Lemme 2.1.
(Propriétés des opérations + et ⋅)
z+z′=z′+z pour toute paire z,z′∈C
z+(z′+z′′)=(z+z′)+z′′ pour tous z,z′,z′′∈C
L’élément (0,0) est appelé élément neutre pour l’addition, puisque z+(0,0)=(0,0)+z=z pour tout z∈C.
Pour tout z∈C il existe un unique élément noté −z∈C et appelé opposé de z, tel que z+(−z)=0. En fait, si z=(x,y), alors −z=(−x,−y)=(−1,0)⋅z.
z⋅z′=z′⋅z pour tous z,z′∈C
z⋅(z′⋅z′′)=(z⋅z′)⋅z′′ pour tout triplet z,z′,z′′∈C
z⋅(z′+z′′)=z⋅z′+z⋅z′′ pour tous z,z′,z′′∈C,
L’élément (1,0) est appelé élément neutre pour la multiplication, puisque (1,0)⋅z=z⋅(1,0)=z pour tout z∈C.
Pour tout z∈C, z=(0,0), il existe un unique élément appelé inverse, noté z−1, tel que
z⋅z−1=z−1⋅z=(1,0).
En fait, si z=(x,y) alors
z−1=(x2+y2x,x2+y2−y).
Proof
(Voir exercices.)
□
Une fois que l’on a l’addition et la notion d’opposé, on a aussi une soustraction: si z′,z′′∈C, on définit leur soustraction:z′−z′′:=z′+(−z′′).
Une fois que l’on a la multiplication et la notion d’inverse, on a aussi une division: si z,z′∈C et si z′=0, on définit leur division:z′z:=z⋅z′−1.
Comme pour les réels, on écrira zz′ au lieu de z⋅z′. On utilisera aussi la notation zn:=n foisz⋯z.
Informel 2.1.Remarquons que l’on n’introduira pas d’ordre total sur C, c’est-à-dire que l’on ne définira pas, comme on le fait sur R, de symboles tels que “⩽,⩾,<,>”. En effet, entre (1,2) et (2,1), lequel définir comme étant le “plus grand”?
2.2.1 Un sous-ensemble de C identifié avec R
Animation explicative
Remarquons que sur le sous-ensemble de C formé des paires dont la deuxième composante est nulle, (x,0), on a les propriétés suivantes:
(x,0)+(x′,0)=(x+x′,0)
(x,0)⋅(x′,0)=(xx′,0)
Opposé: −(x,0)=(−x,0)
Inverse: Si x=0, alors (x,0)−1=(x−1,0)
Ces propriétés montrent que les nombres complexes (x,0) se comportent essentiellement comme des nombres réels. Ceci mène à faire l’identification suivante, même si elle représente un abus de notation: ‘‘R={(x,0)∈C:x∈R}′′ Cela signifie que dorénavant, nous ferons comme si R était un sous-ensemble de C. De plus, lorsqu’aucune ambiguïté n’est possible, on écrira simplement “x” pour un réel, au lieu de “(x,0)”. Par exemple, 0 sera considéré comme étant (0,0). Cette simplification aura l’avantage de faciliter l’écriture et la lecture d’expressions.
2.2.2 L’équation z2+1=0 et le nombre i
Définissons le complexe i:=(0,1). On remarque que (−i)2=i2=(0,1)⋅(0,1)=(−1,0)=−1, et donc que i et −i sont solutions de l’équation z2+1=0. En d’autres termes, dans C, le polynôme z2+1 peut être factorisé (ce qu’on ne peut pas faire dans les réels!): z2+1=(z−i)(z+i).
Puisque i est un complexe dont le carré vaut −1, on pourra abuser un peu de la notation suivante: i≡−1.
“Toutes les expressions comme −1,−2,… sont des nombres impossibles ou imaginaires, puisqu’ils représentent les racines carrées de quantités négatives ; de ces nombres, nous pouvons seulement affirmer qu’ils ne sont ni zéro, ni supérieurs à zéro, ni inférieurs à lui, ce qui nécessairement les rend imaginaires ou impossibles. ”
Leonhard Euler, env 1750
Remarquons que
i1=i,i2=−1,i3=−i,i4=+1,i5=i, etc
2.2.3 Partie réelle, partie imaginaire
On peut maintenant écrire, pour tout complexe (x,y)∈C, (x,y)=(x,0)+(0,y)=(x,0)+(0,1)y≡x+iy,
Ainsi, l’expression du produit de (x,y)=x+iy et (x′,y′)=x′+iy′ se retrouve facilement: (x,y)⋅(x′,y′)=(x+iy)(x′+iy′)=xx′+xy′i+x′yi+yy′=−1i2=(xx′−yy′)+i(xy′+x′y)=(xx′−yy′,xy′+x′y).
Définition 2.2.
Si z=(x,y)=x+iy,
Re(z):=x est la partie réelle de z.
Im(z):=y est la partie imaginaire de z.
On a Re(z+z′)Im(z+z′)=Re(z)+Re(z′),=Im(z)+Im(z′). Comme on a dit plus tôt, les nombres sans partie imaginaire (Im(z)=0) sont identifiés avec les réels. Aussi, les nombres sans partie réelle (Re(z)=0) sont les nombres purement imaginaires. En particulier, i est purement imaginaire.
2.2.4 Conjugué et module
Remarquons que
(x+iy)(x−iy)=x2+y2.
Ceci mène naturellement à introduire deux notions:
Définition 2.3.
Si z=x+iy,
le complexe z:=x−iy est appelé complexe conjugué àz,
le réel ∣z∣:=x2+y2 est appelé module de z.
Lemme 2.2.
Le conjugué et le module jouissent des propriétés suivantes:
z=z
z=z si et seulement si z∈R
z+z′=z+z′
zz′=zz′
zz=∣z∣2
∣z∣=∣z∣
(z′z)=z′z
2z+z=Rez
2iz−z=Imz
Proof
Si z=x+iy, alorsz=x+iy=x−iy=x+iy=z.
Si z=x+iy, alors z=z si et seulement x+iy=x−iy, qui signifie y=−y, c’est-à-dire 2y=0, et donc y=0. Ceci signifie bien que z est réel.
On peut calculer une division z′z en divisant et multipliant par le conjugué de z′: z′z=x′+iy′x+iy=(x′+iy′)(x′−iy′)(x+iy)(x′−iy′)=x′2+y′2xx′+yy′+i(yx′−xy′)==Re(z′z)x′2+y′2xx′+yy′+i=Im(z′z)x′2+y′2yx′−xy′. Cette expression permet aussi de retrouver la formule pour l’inverse: z−1=z1=x2+y2x−ix2+y2y=(x2+y2x,x2+y2−y).
2.2.5 Résoudre des équations complexes simples
Remarque 2.1.
Soient z=x+iy, z′=x′+iy′. Alors z=z′⇔x=x′ et y=y′.
On utilise cette propriété pour résoudre des équations.
Exemple 2.3.
Résolvons l’équation du premier degré en z donnée par z−3iz−3+6i=0. Une manière de procéder est d’isoler z, et de faire la division à l’aide du conjugué: z=1−3i3−6i=1021+i103. Sinon, on peut aussi poser z=a+bi, injecter dans l’équation de départ et réarranger: 0=(a+bi)−3i(a+bi)−3+6i=(a+3b−3)+i(b−3a+6). Or pour qu’un nombre complexe soit le complexe nul 0+i0, ses parties réelles et imaginaires doivent toutes deux être égales à zéro, ce qui implique que a et b sont solutions du système a+3b−3−3a+b+6=0=0, ce qui donne a=1021, b=103.
Quiz 2.2.1.Parmi les identités suivantes, lesquelles sont correctes?